Sélectionner une page

Homélie du père Alexandre Awi Mello lors de la Rencontre des Leaders (Vendredi 7 juin)

 

Nous vivons un moment historique pour l’Église universelle. La mise en place d’un service unique pour le Renouveau Charismatique Catholique est bien plus qu’une simple « réorganisation administrative ». Ce n’est pas le fruit d’un désir de centralisation ou d’exclusion des services fournis par l’ICCRS et la Fraternité Catholique.

La naissance de CHARIS est le fruit d’une profonde compréhension de l’identité du Renouveau Charismatique en tant que courant de grâce. Compréhension de la part de l’Eglise elle-même, qui a pris l’initiative par l’intermédiaire de son représentant le plus éminent, le Saint-Père, de constituer un service unique pour toutes les expressions de ce courant de grâce, sans exclure personne.

Ce n’est pas le Renouveau Charismatique qui a demandé au Pape de créer ce service. C’est le Pape lui-même, dans l’exercice de son ministère pastoral, en vertu de sa sollicitude envers toute l’Église, qui a voulu ériger ce service, afin que ce courant de grâce d’une part puisse toucher chacun partout dans le monde, et d’autre part, puisse rester ouvert au souffle de l’Esprit, tout en évitant un leadership hiérarchique ou sélectif en relation avec les innombrables expressions de ce courant.

Le texte de l’Evangile que nous venons d’entendre est absolument providentiel ! C’est un dialogue extraordinaire entre le Seigneur ressuscité et Pierre, qui est à la tête du collège apostolique. Nous participons à une rencontre avec d’importants leaders du Renouveau Charismatique du monde entier et, en tant que tels, il ne nous est pas difficile de nous mettre à la place de Pierre.

Jésus, par l’intermédiaire de son plus grand représentant sur la terre, le Pape François, nous lance un défi, lance un défi aux leaders serviteurs du Renouveau Charismatique Catholique dans le monde.

Le texte est très riche ; nous pourrions certainement en dire beaucoup de choses, et faire de nombreuses analyses exégétiques et spirituelles. Beaucoup d’entre vous, laïcs baptisés, remplis de la puissance du Saint-Esprit, prêcheraient certainement bien mieux que moi. Cependant, c’est bien humblement que je vous invite à une simple réflexion sur l’Évangile. Je crois qu’il nous offre au moins trois impulsions importantes.

Tout d’abord, la seule condition pour exercer le leadership, c’est l’amour, un amour supérieur à la moyenne : « Pierre, m’aimes-tu plus que ceux-là ? »

Ensuite, le leader reçoit pour mission de servir le troupeau ; il en est berger : « Sois le berger de mes brebis… »

Et enfin, la façon de faire est de suivre la volonté de Dieu : « Un autre te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller […] Suis-moi ».

Le contexte de ce discours de Jésus (les débuts de l’Église primitive, en présence des Apôtres qui doivent donner continuité à sa mission) nous conduit à une quatrième impulsion : l’environnement de l’exercice de cette mission est la communion.

 

L’amour, le rôle du berger, la marche à la suite, la communion

L’amour : Bien que Pierre se soit enfui à l’heure de la passion de Jésus et qu’il l’ait renié, le Seigneur le confirme à la tête du groupe des Apôtres. Jésus ne lui a pas fait de reproche, il n’a pas « balancé à Pierre » qu’il lui avait promis de lui rester fidèle, mais avait fini par le trahir. Jésus ne lui pose qu’une seule question : « M’aimes-tu ? » La seule chose qui importe à Jésus pour confirmer l’autorité de Pierre, c’est l’amour ! C’est là tout ce qui compte.

Cependant, il arrive parfois qu’un mot passe inaperçu : « M’aimes-tu plus que ceux-là ? » En guise de témoignage personnel, je peux vous dire qu’un jour cette parole m’a « secoué » pendant une retraite ignacienne : Jésus me demandait de l’aimer plus que ceux qu’il me confiait. Parce que je savais bien que j’aime moins que beaucoup de mères, de pères et de grands-parents, moins que tant de jeunes qui viennent à moi pour un entretien ou une confession ! Néanmoins, l’invitation demeure : pour que vous puissiez paître mes brebis, je t’invite à m’aimer plus que ceux-là.

Servir, être un leader serviteur signifie aimer davantage ! Notre seule compétition devrait être : qui aime le plus, qui sert le plus ? Et jamais : qui domine le plus, qui a le plus de pouvoir, qui est le plus important !

Le rôle du berger : L’invitation de Jésus est d’être un berger. « Pais mes brebis ! » De plus, nous apprenons de l’Evangile qu’être berger signifie prendre soin de, connaître par son nom, donner sa vie pour son troupeau. Être un leader, un berger, implique toujours une fonction de service. La création de CHARIS – non pas en tant qu’organisme de gouvernement, mais de service – rend encore plus claire l’essence de sa mission qui est de servir le Renouveau Charismatique Catholique à travers le monde, d’être berger par le témoignage, par le don généreux de soi, en connaissant et en appelant par leur nom tous les moutons du troupeau (sans en exclure aucun).

Avez-vous reçu l’effusion du Saint-Esprit ? Alors vous faites partie de ce « courant de grâce » ! Ce n’est pas la mission de CHARIS – ni celle de quiconque – de dire que tel groupe, telle personne, telle initiative fait partie du Renouveau Charismatique ou pas ! Ce n’est ni la mission de CHARIS, ni d’aucun service du Renouveau Charismatique, d’être juge ou de parler « au nom du Renouveau Charismatique ». Le Renouveau Charismatique Catholique n’est pas un mouvement, il n’a pas de structure de gouvernement. Communautés et groupes de prière au sein du courant de grâce peuvent avoir une structure, mais pas le courant de grâce.

La marche à la suite : L’obéissance, en premier lieu, est obéissance au Saint-Esprit, qui se manifeste dans l’Église. La nature ecclésiale du Renouveau Charismatique doit continuer à être sa note caractéristique. D’où l’importance de suivre le Pape, chef visible de la communion ecclésiale.

Je sais qu’à beaucoup d’entre vous, CHARIS est apparu comme un « corps étranger », comme quelque chose que vous n’aviez ni recherché ni voulu. « Un autre te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller […] Suis-moi ».

Vous avez cependant ouvert vos cœurs à cette grâce, à cette « surprise de l’Esprit ». Parce que c’était une demande explicite du Saint-Père. Parce qu’elle répond également à l’esprit du Renouveau Charismatique dès ses origines, tel qu’il est exprimé dans les Documents de Malines, c’est-à-dire comme un courant de grâce, fruit de l’effusion de l’Esprit, qui est œcuménique, charitable, c’est-à-dire ouvert à tous ceux qui reçoivent cette effusion, ouvert aux chrétiens non catholiques, ouvert au service des plus pauvres.

La communion : CHARIS est un service de communion. Sa mission est « d’élargir l’espace de la tente », c’est-à-dire d’aider tous les charismatiques à se sentir « à l’intérieur » de ce courant de grâce. La communion, c’est l’unité dans la diversité ! Ce n’est pas l’uniformité. Comme je disais souvent quand j’étais aumônier de jeunes, la communion est une « salade de fruits » et pas un « milkshake aux fruits ». Dans la salade de fruits, chaque fruit garde sa saveur, sa texture, sa forme et chacun contribue à l’ensemble avec ce qui lui est propre. Dans le « milkshake aux fruits », on ne reconnaît pas bien le parfum de chaque fruit. On discute « Je pense qu’il y a de la poire » ; un autre dit : « Non, c’est de la pomme » ou même « on dirait qu’il y a de la banane » … Toute uniformité tue l’originalité. Pensez à la diversité des Apôtres (Pierre et Paul étaient presque à de l’eau et de l’huile !). Pensez à la diversité des Eglises qu’ils ont fondées. Néanmoins, toutes ont cherché à vivre en communion avec l’Eglise Mère de Jérusalem (et ensuite avec l’Eglise de Rome).

Certains leaders ne défendent l’unité que lorsqu’il s’agit d’unité avec eux / elles, que lorsque l’unité signifie de faire les choses à leur manière ! Ils parlent de communion pour dissimuler leur désir de pouvoir et de contrôle, pour que tous soient « unis », en « communion » avec eux / elles. Mais il y a aussi des leaders qui profitent du discours sur la diversité pour rechercher des espaces de pouvoir qu’ils n’avaient pas jusque-là.

Parce que CHARIS n’est pas une structure de gouvernement (ni de pouvoir), il met nécessairement l’accent sur la diversité, la communion de réalités diverses. Toutes ces expressions – groupes de prière, communautés, écoles d’évangélisation, moyens de communication, grands et petits, avec reconnaissance pontificale ou diocésaine – avec toutes le même droit d’être servies et le même devoir de servir l’humanité et le monde entier. Toutes avec le devoir de respecter « l’Esprit qui souffle où il veut et comme il veut ».

Dieu voulait que Marie soit recouverte de la puissance du Saint-Esprit, non seulement lors de l’Annonciation pour devenir la Mère de Jésus, mais aussi plus particulièrement dans la chambre haute – au Cénacle – pour devenir la Mère de l’Église. C’est elle qui, pleine de l’Esprit, implore ce même Esprit d’amour, guide, suit et veille à la communion, non seulement pour l’Église naissante, mais aussi pour nous, réunis ici en ces jours de Cénacle.

Demain, avec les encouragements du Saint-Père et la veillée de la Pentecôte, Dieu veut nous envoyer vers le monde, après avoir été transformés, différents de ce que nous étions quand nous avons commencé.

Puisse Marie nous aider dans notre conversion, pour que nous puissions aimer davantage le Seigneur, mieux servir son troupeau, suivre plus fidèlement sa Parole et cultiver véritablement la communion (l’unité dans la diversité), dans le cadre de ce courant de grâces appelé le Renouveau Charismatique.

Que Marie, la Femme remplie du Saint-Esprit et Reine des Apôtres, intercède pour nous. Amen.

 

 

 

 

 

 

Vue d'ensemble de la protection de la vie privée

Ce site utilise des cookies afin de vous offrir la meilleure expérience d'emploi possible. Les informations contenues dans les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions comme la reconnaissance lorsque vous revenez sur notre site et aident notre équipe à comprendre quelles sections du site sont les plus intéressantes et les plus utiles pour vous.